Alberto Magnelli

1888 - 1971

À la veille de la Grande Guerre, Magnelli a déjà parcouru un riche itinéraire. Autodidacte, ses recherches inventives à partir d’aplats colorés, cernés de noir, en firent un des principaux peintres de l’avant-garde dès son premier séjour parisien en 1914. Ami d’Apollinaire, Max Jacob, Picasso, Léger, il pratique une figuration elliptique qui le conduit, à la suite d’un travail logique de simplification, à l’abstraction. Les années postérieures le voient renouer avec les principes cubistes, suivie des Explosions lyriques (1918), d’un retour à une figuration construite (1921) avec des paysages, puis des toiles évoquant la peinture métaphysique. Après une interruption, il reprend les pinceaux à la suite d’une visite aux carrières de Carrare dont les gros blocs de marbre lui inspirent la série des Pierres éclatées (1931), qu’il poursuivra jusqu’en 1936, et qui marque une étape vers une écriture novatrice dont il ne s’éloignera plus. En octobre 1931, Magnelli s’installe définitivement à Paris. En 1934, première exposition personnelle à Paris chez Pierre Loeb et rencontre de Kandinsky arrivé d’Allemagne à la suite de la fermeture du Bauhaus. À partir de 1937, l’œuvre de Magnelli s’oriente définitivement vers l’abstraction.

1939, il participe à l’exposition Réalités nouvelles organisée par Frédo Sides et Nelly van Doesburg à la galerie Charpentier.

Préfiguration du premier Salon des réalités nouvelles où la plupart des exposants se retrouvent en 1946, cette manifestation se veut « une revue rétrospective sur un art qui n’utilisait que des lignes et des couleurs au service de l’imagination et du dynamisme du créateur » (in catalogue « Glose » d’Yvanhoé Rambossom). Pendant l’Occupation, il se réfugie avec sa femme dans leur propriété « La Ferrage » près de Grasse. Il retrouve Jean Arp et Sophie Taeuber Arp ainsi que Sonia Delaunay. Ensemble ils collaborent à la réalisation d’un album de lithographies qui ne sera édité qu’en 1950 à Paris. Période créatrice intense pour l’artiste qui met en chantier des œuvres réalisées plus tard. La pénurie de toiles et de couleurs l’amène à pratiquer le collage et à poursuivre ses Ardoises, œuvres peintes à la gouache sur des ardoises d’écolier (les premières remontent à 1936-1937). En 1944 il rentre clandestinement à Paris et s’installe villa Seurat. Participe à une exposition galerie L’Esquisse avec Kandinsky, de Staël et Domela.

En 1945, à la suite d’une première exposition Kandinsky, la galerie Drouin, place Vendôme, présente sous le titre énigmatique « Art concret », appellation due à Van Doesburg qui reprend le nom d’une revue, un groupe réunissant Arp, Delaunay, Domela, Freundlich, Gorin, Herbin, Kandinsky, Magnelli, Mondrian, Pevsner, Taeuber Arp, Van Doesburg, tous issus d’Abstraction-Création entre 1932 et 1936. Cette manifestation déclenche une polémique quant au sens des mots « concret-abstrait » opposant Raymond Cogniat à Jean Arp, Jean Gorin et Herbin dans la revue Arts (juin et juillet 1945) et dont la conséquence sera la rédaction des statuts du Salon. 1947, grande rétrospective Magnelli à la galerie Drouin, pour laquelle Jean Arp écrit la préface du catalogue. Cette manifestation l’impose comme l’un des créateurs de l’art moderne. Les œuvres de cette période font écrire à Léon Degand : « Ce qui frappe d’emblée, dans l’œuvre de Magnelli, c’est la manière nette, décidée et sans bavures dont elle s’exprime… Le style naît, chez Magnelli, de l’adaptation parfaite du mode d’expression à ce qu’il est chargé d’exprimer. Cette forme de courage brutale est sans concessions ni complaisances » (in Magnelli, Venise, Il Cavallino 1952). Nouvelle exposition particulière galerie Denise René en 1949. Denise René qui, dès 1948, l’accueille sur ses cimaises dans des expositions de groupe : « Sculptures et peintures contemporaines » et « Tendances de l’art abstrait ». L’artiste continue d’y exposer fidèlement avec ses camarades de Réalités nouvelles. 1949, « Quelques aspects de la peinture présente ».

1950, « Quelques aspects de l’art aujourd’hui », « Espaces nouveaux ». 1951, importante manifestation itinérante en Scandinavie et en Belgique, « Klar Form, 20 artistes de l’École de Paris ». 1952, « 12 tapisseries inédites » exécutées par les ateliers Tabard à Aubusson ainsi qu’en 1954, puis à Stockholm, galerie Blanche en 1955 et au musée d’Art moderne de Rio de Janeiro en 1956. 1953, « Denise René présente… ». 1955, la Documenta de Kassel ; en 1956, « 10 ans de peinture française 1945-1955 » au musée de Grenoble avec S. Delaunay, Hartung, Lapicque, Léger, Deyrolle, Herbin, Mortensen, Vasarely et à l’Internationale Sezession, Leverkusen Stadtisches Museum. 1958, « Hommage à Léon Degand », galerie D. René, Paris.

Depuis 1954 sont organisées des rétrospectives : Bruxelles (1954), le Stedelijk Van Abbe Museum d’Eindhoven (1954), musée d’Antibes (1955), Zurich et Florence (1963), Essen (1964), Kunsforeningen Copenhague et musée d’Art moderne de Paris (1968), musée de l’Ancienne Douane de Strasbourg (1969). Catalogues.

À Paris, Magnelli expose en 1957 galerie Berggruen et galerie de France, en 1959 galerie de France qui édite l’année suivante « Magnelli » par François Le Lionnais. Prix de la Critique en 1954. Premier grand prix de Peinture étrangère de la Biennale de São Paulo en 1955. Prix Guggenheim pour l’Italie en 1958, autant de récompenses qui lui apportent une audience internationale. Depuis 1959, il vit et travaille dans sa villa de Meudon, et se partage entre Paris et la Provence. Ses œuvres sont groupées en séries.

A participé régulièrement au Salon des réalités nouvelles depuis 1946.

En 1968, Jean Clay a résumé l’apport considérable de l’œuvre de Magnelli. « Il est à la fois pour la courbe et pour la droite, pour la forme subjective et pour la discipline. Ses formes sont simples et massives sans être froides ni impersonnelles ; dynamiques mais posées sur un fond qui les stabilise ; élancées mais douées d’un certain poids statique (Jean Cassou parlera d’une « écriture de bronze »). En tentant de concilier les inconciliables, Magnelli sert de truchement à toute une génération qui découvre l’abstraction plus de trente ans après ses débuts et qui, au départ, a besoin d’un médiateur qui ne soit pas un fanatique. D’où ce rôle historique de Magnelli très admiré de la jeune génération » (in « Magnelli chez lui », Connaissance des arts, mars).

1988, « Magnelli, exposition du centenaire ». Palais des Papes, Avignon. Catalogue. Textes Daniel Abadie, Maurice Besset. Consulter bibliographie et liste des expositions.

1989, « Magnelli. Thèmes et variations ». Chapelle de la Sorbonne. Paris. Catalogue Daniel Abadie.

Nombreux musées parmi lesquels : Paris, national et municipal d’Art moderne, Bibliothèque nationale (donation Mme Alberto Magnelli, 1980, exposition des estampes et de l’œuvre graphique. Catalogue), Grenoble, Vallauris, Fondation Maeght Saint-Paul-de-Vence, Rome, Turin, Copenhague, Zurich, Liège, Rio de Janeiro, São Paulo, La Chaux-de-Fonds.

  • André Verdet, Magnelli. Le Musée de Poche, Éditions G. Fall 1961.

  • Murillo Mendes, Alberto Magnelli. Éditions dell’Atheneo 1964.

  • Anne Maisonnier-Lochard. Catalogue raisonné de l’œuvre peint d’Alberto Magnelli 1907-1969. Paris, Classiques du xxe siècle. Musée national d’Art moderne 1975. Catalogue raisonné de l’œuvre gravé, Paris. Bibliothèque nationale, Paris 1980.


Extrait de « L’Ecole de Paris, 1945-1965 Dictionnaire des peintres »,
éditions Ides et Calendes, avec l’aimable autorisation de Lydia Harambourg
www.idesetcalendes.com