Pierre Soulages

né en 1919

« Il convient d’être reconnaissant à Soulages d’avoir été le premier, parmi les peintres de grand talent, à ne jamais raconter ni décrire. Aucune ambiguïté à aucun moment de son œuvre. Il n’a jamais déformé l’image de la réalité pour se donner un prétexte à peindre. Il n’a jamais évoqué la nécessité d’exprimer ses “états d’âme” pour justifier son goût d’étaler des couleurs sur une toile. Il n’a jamais évoqué les expériences des mystiques et des métaphysiques qu’elles impliquent, pour expliquer la concentration nécessaire à son travail. Il ne s’est jamais dérobé derrière des philosophies idéalistes. Il accomplit ses parcours dans un style d’une qualité chaque année plus élevée, et qui atteint parfois au “sublime” », écrivit son ami l’écrivain Roger Vailland en 1962 (in « Procès à Soulages », Clarté, n° 43, mai).

Soulages est un peintre abstrait ne faisant aucune référence à la nature. Sa peinture est un tout, à la fois univers et langage, comme il l’a expliqué : « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. Peindre précède toujours la réflexion. » Très vite en possession de son art, qu’avec le temps il approfondira, il apparaît comme l’un des plus célèbres peintres de la génération d’après-guerre. Spécificité qui s’explique aussi par sa rapide reconnaissance qui, tout en le mettant sur le même plan que ses aînés d’une génération, Hartung, Schneider, Vieira da Silva, Bazaine, lui a fait partager à la même époque leur notoriété. Dès la fin de la guerre, sa peinture n’a cessé de s’affirmer comme l’une des plus profondément originales, situant son auteur comme un pionnier de l’abstraction lyrique de l’« École de Paris ». Il partage alors avec Mathieu le privilège d’être parmi les premiers à imposer la gestualité dans la peinture française contemporaine alors qu’aucune relation artistique n’existe encore avec l’« École de New York », dont les représentants Pollock et de Kooning ne seront connus à Paris qu’en 1951 avec l’exposition de M. Tapié chez Nina Dausset, « Véhémences confrontées ». Cependant leur engagement sera divergent. Alors que Mathieu orientera sa réflexion vers la calligraphie, Soulages, en s’intériorisant, s’éloignera du graphisme.

Tout en suivant ses études au lycée de Rodez, il s’intéresse aux menhirs gravés du musée Fenaille, installé dans sa ville natale, et à l’architecture romane. C’est à Conques, lors d’une visite avec sa classe de l’église Sainte-Foy, qu’il décide de devenir peintre. Bouleversé par la grandeur et la tension expressive des arcs en plein cintre et par l’espace qu’ils engendrent, l’adolescent s’engage « à dévouer son existence à la peinture ». Il peint des paysages d’hiver, des arbres sans feuille, noirs, se détachant sur des fonds clairs. Ce qui le retient, ce sont les formes des branches dans l’espace. À dix-huit ans, il fait un court séjour à Paris où il voit une exposition Cézanne et une exposition Picasso qui lui révèlent une peinture qu’il ignorait totalement. En 1941, mobilisé à Montpellier, il fréquente l’École des beaux-arts, le musée. Pendant l’Occupation, et pour échapper au STO, il travaille comme agriculteur dans les vignobles de la région.

Chez un de ses voisins, le romancier Joseph Delteil, il rencontre Sonia Delaunay. Par elle il entend parler pour la première fois de peinture abstraite. En 1946, il peut consacrer tout son temps à la peinture et s’installe à Courbevoie. Il crée ses premiers tableaux abstraits : « Je n’étais pas intéressé par l’expression provenant de la déformation d’un modèle présent ou imaginaire, de son interprétation “expressive”, mais par les qualités propres à la peinture et qui naissent, sur la toile même, des relations entre les formes, les couleurs, le fond, les matières — comment tout cela se met à vivre, à créer l’espace, le rythme, la lumière — hors des références à un modèle » (in Soulages, James Johnson Sweeney, 1972). Il réalise de grands dessins au fusain et des peintures abstraites sur papier, en noir ou en brun sur fond blanc.

Il tente d’exposer dans plusieurs Salons qui le refusent. 1947, il expose au quatorzième Salon des surindépendants, un salon sans jury. Ses toiles d’une « impressionnante symphonie de sombres coloris » (Maximilien Gauthier, in Opéra) contrastent avec les toiles colorées qui sont présentées, et le fait remarquer de Picabia et d’Hartung avec lesquels il se lie. Il fait la connaissance de Fin, Vilato, Goetz et Christine Boumeester, Domela…

Il s’installe dans un atelier rue Schœlcher, à Montparnasse. 1948, il est invité au troisième Salon des réalités nouvelles où son envoi est remarqué par O. Domnick qui, venu d’Allemagne, prépare la première exposition d’art abstrait depuis la fin du nazisme. Pour annoncer l’exposition « Grosse Ausstellung Französischer abstrakter Malerei » dans les musées de Stuttgart, Munich, Düsseldorf, Hanovre, Francfort, Kassel, Wuppertal et Hambourg qui l’accueillent, une peinture en blanc et noir de Soulages est reproduite sur l’affiche. Sont réunis Bott, Del Marle, Domela, Hartung, Herbin, Kupka, Piaubert, Schneider, Villeri et Soulages dont les toiles présentées font écrire à la critique d’art Marietta Schmidt : « Tragiques et dures, elles nous livrent l’insaisissable, sereinement, sérieusement, religieusement. Il n’y a qu’un largo de Bach qui puisse nous procurer une semblable impression » (in Die Weltkunst, 15 mars 1949, reprod.). À Paris, il participe à une exposition de groupe, « Prises de terre », confrontation entre des peintres abstraits et des peintres « surréalistes révolutionnaires ». Il fait à cette occasion la connaissance d’Atlan. Reçoit la visite de James Johnson Sweeney, conservateur du Museum of Modern Art de New York, qui est le premier à s’intéresser à sa peinture.

C’est en 1949 qu’a lieu sa première exposition personnelle à la galerie Lydia Conti, 1, rue d’Argenson. Dans ce petit local de 5 mètres sur 4, Hartung y a fait sa première exposition parisienne en 1947 suivi deux mois plus tard par Schneider. Les trois noms resteront longtemps associés. Charles Estienne écrit : « Un graphisme simple, viril, presque rude, des harmonies sombres et chaudes, un sens naturel de la pâte et des possibilités spécifiques de la peinture à l’huile, et surtout, peut-être un son à la fois humain et concret, voilà l’apport de Soulages à la peinture abstraite » (in Combat, 25 mai 1949). Pour Michel Ragon, l’artiste se révèle « la personnalité la plus forte et la plus sûre » de la nouvelle génération abstraite (in Paru, juillet 1949). Sur la genèse de ses œuvres, graves, dont la structure est donnée par le rythme de grands signes noirs, offrant un schéma qui s’offre comme un archétype, Soulages s’est expliqué : « C’est en 1947 que j’ai commencé à grouper les traces du pinceau toujours larges (ces lignes étant dès le début surfaces colorées) en un signe se livrant d’un seul coup, d’une manière abrupte. Le temps du récit, celui de la ligne qui suit l’œil, était ainsi supprimé. La durée de la ligne ayant disparu, le temps était immobile dans un signe hiératique. Dans ces signes faits de coups de brosse sommaires et directs, le mouvement n’est plus décrit, il devient tension, mouvement en puissance, c’est-à-dire dynamisme » (Jean Grenier, Entretiens avec dix-sept peintres non figuratifs, Calmann-Lévy, 1963).

Si les tableaux de Soulages se rattachent à l’esthétique de leur époque, ils n’offrent pas d’antécédents. Cette première période que caractérisent le mouvement et l’écriture nous situe dans le propos même du peintre : « C’est le temps qui me paraît être au centre de ma démarche de peintre, le temps et ses rapports avec l’espace » (op. cit.). À ce propos James Fitzsimmons a écrit : « Les mêmes formes le hantent toujours, mais transformées. Les arbres et les menhirs sont devenus poteaux télégraphiques, des poutrelles et des échafaudages, des antennes de télévision, des cheminées, des annonces au néon, des signaux. Non qu’il peigne ces choses-la, je veux seulement dire que, comme tout le monde, il a certaines formes “construites en lui”, dans sa psyché. Il réagit à ces formes à chaque fois qu’il les rencontre dans le monde qui l’entoure et elles naissent sur sa toile sans qu’il le veuille vraiment. Communément, on pourrait appeler ces formes idéales mais il vaut mieux les dire primordiales, ou mieux encore des archétypes » (in Arts and Architecture, Los Angeles, juin 1954).

C’est en 1949 que Soulages est invité pour la première fois au Salon de mai. Il y participera jusqu’en 1957. La même année il figure dans le groupe présenté à la galerie Colette Allendy, « Peintures et sculptures abstraites », avec Deyrolle, Gilioli, Hartung, Leppien, Marie Raymond, Schnabel et Schneider. Dès cette époque il expose outre-Atlantique, « Painted 1949 », galerie Betty Parson à New York, « Figuration et Abstraction », musée d’Art moderne de São Paulo.

Soulages participe à de nombreuses expositions de groupe révélatrices de l’importance du mouvement abstrait français et de son rayonnement hors de nos frontières. Nous citerons : 1950, « D’une saison à l’autre » chez Colette Allendy avec Ch. Estienne ; « Levende Farver », Charlottenborg, Copenhague ; « Junger Westen », Festival de la Ruhr et Berlin ; sélection du Salon de mai à Tokyo ; « Young Painters from U.S. and France », exposition organisée par Sidney Janis et Léo Castelli qui confrontent un artiste français à un artiste américain : Matta à Gorky, Dubuffet à de Kooning, Lanskoy à Pollock, Soulages à Kline (ce dernier passé à l’abstraction gestuelle en 1950). 1951, exposition d’ouverture, « Présences » à la galerie de France, 3, rue du Faubourg-Saint-Honoré ; « Prima Mostra Pittori d’Oggi », Turin, et en 1953, 1957, 1961 ; sélection Salon de mai, Tokyo, Osaka, Kyoto ; « Fransk Konst », galerie Blanche, Stockholm ; « Advancing French Art », Phillips Gallery, Washington, puis à San Francisco, Chicago, Baltimore… autant de manifestations qui contribueront à sa notoriété aux États-Unis.

1952, « Peintres de la Nouvelle École de Paris » par Ch. Estienne, premier groupe, galerie de Babylone, Paris ; « École de Paris », organisée par le British Council à Londres, Liverpool et Édimbourg ; XXVIe Biennale de Venise ; « Rythmes et couleurs », musée de Lausanne ; « Berliner Neue Gruppe mit französischen Gästen », Berlin ; « Malerei in Paris heute », Kunsthaus, Zurich. 1953, « Premier bilan de l’art actuel, essai de dialogue entre artistes et critiques », discussion publique à la salle de Géographie, 184, boulevard Saint-Germain, Paris ; 2e Biennale de São Paulo ; 2e International Art Exhibition à Tokyo, Osaka, Ube, Fukuoka, Sasho, Nagoya, Takamatsu ; « Younger European Painters », The Solomon R. Guggenheim Museum, New York.

1954, « Individualités d’aujourd’hui » par Michel Tapié, galerie Rive Droite ; « Divergences », sélection par R. Van Gindertaël sous le titre « Nouvelle Situation » ; « Aspects of Contemporary French Painting », Parsons Gallery, Londres ; « Tendances actuelles de l’École de Paris », Kunsthalle, Berne, et galerie Denise René, Paris ; « Younger European Painters », Minneapolis, Portland, San Francisco, Dallas. 1955, « Éloge du petit format » par Michel Ragon, galerie La Roue, ainsi qu’en 1956 ; « Tendencias recientes de la pintura francesa 1945-1955 », musée d’Art moderne, Madrid ; 3e International Art Exhibition au Japon, puis la quatrième en 1957, cinquième en 1959, huitième en 1965 ; Documenta I, Kassel ; « The International Exhibition of Contemporary Painting », Carnegie Institute, Pittsburgh ; « The New Decade », musée d’Art moderne, New York, puis à Minneapolis, Los Angeles, San Francisco ; « Le mouvement dans l’art contemporain », musée de Lausanne.

Durant cette période, très active, Soulages n’expose pas à Paris mais à l’étranger : 1951, galerie Birch, Copenhague. 1952, galerie Stangl, Munich. 1954, Kootz Gallery, New York, 1955, Art Club of Chicago, Kootz Gallery New York et galerie Gimpel Fils, Londres. À la suite de sa collaboration avec Roger Vailland, décors pour Héloïse et Abélard au Théâtre des Mathurins eu 1949. Suivent trois réalisations pour le théâtre : 1951, La Puissance et la Gloire d’après Graham Greene pour Louis Jouvet à l’Athénée, la pièce ne fut pas donnée en raison du décès de l’acteur-metteur en scène. Décor pour un ballet de Janine Charrat, Abraham, au Capitole de Toulouse, et en 1952, dans le cadre des fêtes du cinquième centenaire à Amboise pour la naissance de Léonard de Vinci, conçoit un décor mobile soutenu dans l’espace par de gros ballons gonflés de gaz (un autre décor avait été demandé à F. Léger avec lequel il sympathise). C’est en 1951 qu’il réalise ses premières eaux-fortes et aquatintes dans l’atelier Lacourière. Ces gravures seront présentées lors d’une exposition chez Berggruen en 1957 (catalogue texte de R. Van Gindertaël).

La peinture de Soulages amorce alors une mutation. « Vers 1955, le signe tend à disparaître et ces coups de brosse se juxtaposent, se multiplient ; de leur répétition, des rapports qui s’établissent alors entre ces formes presque semblables les unes aux autres, naît un rythme, une rythmique de l’espace. Plus le rythme est fort et moins l’image, je veux dire la tentative d’association figurative, est possible » (op. cit. in Jean Grenier). Ce rythme est une constante de son œuvre et le peintre s’en explique : « Le rythme dont je parle naît quand on associe une forme à l’autre en faisant ainsi l’expérience de l’espace et de son morcellement […] Celui qui regarde lit le tableau avec sa sensibilité et sa propre expérience du monde qui se confrontent tour à tour aux propositions de la peinture. Ma peinture s’est pour moi toujours posée hors du dilemme figuration, non-figuration. Je ne pars ni d’un objet ni d’un paysage pour les déformer ensuite, ni inversement je ne cherche pas à provoquer en peignant leur apparition. J’espère davantage du rythme, de ce battement des formes dans l’espace, de cette découpe de l’espace par le temps. L’espace et le temps […] sont devenus des instruments de la poésie de la toile » (op. cit.).

Ses toiles ont acquis un poids physique, une densité, une profondeur liés à l’importance qu’il donne à la matière « J’aime les matières qui changent, le temps piégé par les matières » — qu’il travaille avec des instruments peu communs aux peintres : outils de brocheur, de tanneur, de menuisier, d’apiculteur. Sa passion des techniques et des outils l’amène à fabriquer ceux-ci : les racloirs de bois voisinent avec des lames de rabot, couteaux à enduire, larges brosses, minuscules pinceaux chinois. Il s’est fait fabriquer des pinceaux à long manche afin de pouvoir peindre debout devant sa toile posée sur le sol.

1956, première exposition d’une longue série à la galerie de France, 1960, 1963, 1967, 1972, 1974, 1977, 1986, 1992 (catalogues). 1957, il s’installe dans un nouvel atelier près de Saint-Julien-le-Pauvre. Entreprend une nouvelle série d’eaux-fortes. En automne, il séjourne aux États-Unis où il rencontre W. de Kooning, Rothko, Motherwell. Remporte le grand prix de la Biennale de Tokyo. Expositions à la Kootz Gallery à New York en 1956, 1957, 1959, 1961, 1964, 1965 (liste complète des expositions particulières in Soulages, 1991, Ides et Calendes).

1958, séjourne au Japon, visite les temples et jardins de pierre, s’intéresse à la calligraphie. 1959, se construit un atelier sur les hauteurs de Sète, où il travaillera désormais une partie de l’année. Il continue à participer à de nombreuses manifestations de groupe parmi lesquelles : 1956, Festival de l’art d’avant-garde, cité Radieuse Le Corbusier, Marseille ; « Art français contemporain », Institut des beaux-arts, Mexico ; « École de Paris », Munich.

1957, « Depuis Bonnard », musée national d’Art moderne, Paris ; « Nouvelle École de Paris », Bridgestone Gallery, Tokyo ; « Phases », Stedelijk Museum, Amsterdam ; 2e Biennale internationale de gravure, Ljubljana, et 3e Biennale en 1959, où il remporte le premier prix. 1958, « Gravures : Hartung, Schneider, Soulages, Singier », galerie Aujourd’hui, palais des Beaux-Arts, Bruxelles ; « L’art du xxe siècle », palais des Expositions, Charleroi ; « Peintres contemporains », Kunsthalle, Mannheim.

1959, « Donation Gildas Fardel », musée de Nantes ; « Peintres d’aujourd’hui », musée de Grenoble ; « Peinture française, de Gauguin à nos jours », musée de Varsovie ; Documenta II Kassel ; « Twenty Contemporary Painters from the Dotremont Collection », The Solomon R. Guggenheim Museum, New York ; « L’École de Paris dans les collections belges », musée national d’Art moderne, Paris. 1960 première Exposition d’art internationale, musée d’Art moderne, Buenos Aires ; « Antagonismes », musée des Arts décoratifs, Paris ; « La peinture française aujourd’hui », Tel-Aviv, Jérusalem, Haïfa. 1961, « Paris, carrefour de la peinture », musée d’Eindhoven ; « Art français », Moscou. 1962, « École de Paris », Tate Gallery, Londres ; « 100 années de peinture en France de 1850 à nos jours », Mexico ; « École de Paris », musées de Varsovie, Cracovie.

1963, 7e Biennale de São Paulo ; « Peinture française contemporaine », musée de Montréal ; « Französische Malerei der Gegenwart, Haus der Kunst », Munich ; « Art français contemporain », Le Cap, Johannesburg, Salisbury ; « Collection Sonja Henie-Niels Onstad », musée de Genève ; 1er Salon des galeries-pilotes, Lausanne. 1964, « Painting and Sculpture of a Decade 54-64 », Tate Gallery, Londres ; Documenta III Kassel ; « 1950 The Fabulous Decade », The Free Library, Philadelphie ; « Peintres de Paris », Fondation Mendoza, Caracas. « 1965 Pintura francesa contemporanea », Buenos Aires, Santiago du Chili, Rio de Janeiro, Lima, Montevideo ; « Maîtres de la peinture contemporaine », musée de Montpellier ; « Un siècle de peinture française 1850-1950 », Fondation Gulbenkian, Lisbonne (liste complète op. cit.). Invité à « L’École de Paris », galerie Charpentier, de 1955 à 1958 et en 1961.

Autour des années 1960, Soulages a rompu avec les grands segments de barres noires. Vers 1963 une tache noire, en envahissant la toile, supprime les contrastes d’ombre et de lumière dramatiques qui prévalaient jusqu’alors. Et s’il joue subtilement avec la couleur — des bleus, des rouges lumineux —, sa palette reste réduite : « Plus les moyens sont limités, plus l’expression est forte. » Soulages reste un de ceux qui ont donné toute sa valeur au noir, et ajoute que celui-ci est « resté à la base de ma palette. Il est l’absence de couleur la plus intense, la plus violente qui confère une présence intense et violente aux couleurs, même au blanc… » (in Preuves, n° 143, janvier 1963, Pierre Schneider, « Au Louvre avec P. Soulages »). Il s’attache à la nuance et compose ton sur ton dans une gamme de camaïeux. « La peinture à l’huile, c’est le jeu des opacités et des transparences », dit-il encore. Elle lui permet d’illuminer certaines parties de sa toile recouverte de plages sombres, en monochromie, bleus-verts-bruns, à la fin des années 1960 et même dans les décennies 1970 et 1980. En 1976 apparaît une série limitée de petits tableaux offrant des bandes horizontales. Depuis 1979, les coups de brosse définissent des formes — à la façon de sillons — et la lumière. Le mouvement et le rythme de la toile font partie alors de « l’image ».

1964, prix Carnegie, Pittsburgh.

Premières rétrospectives en 1960 à Hanovre, 1961 à Essen, La Haye, Zurich (catalogues).

1967, Rétrospective. Musée national d’Art moderne, Paris. Catalogue Bernard Dorival.

1976, Rétrospective. Musée d’Art et d’Industrie, Saint-Étienne. Catalogue Bernard Ceysson.

1979-1980, « Pierre Soulages, peintures récentes ». Musée national d’Art moderne, Centre G. Pompidou, Paris. Catalogue.

1984, Rétrospective. Musée Seibu, Tokyo. Catalogue, textes T. O. Okada, Alfred Pacquement.

1989, « Soulages, 40 ans de peinture ». Musée de Kassel, Centre Julio González, Valencia, musée de Nantes. Catalogue, textes Veit Loers, Henry-Claude Cousseau.

Soulages est particulièrement bien représenté dans les musées du monde entier, notamment en Allemagne, aux États-Unis, au Brésil, au Japon, dans les pays scandinaves, à Londres, Vienne, Jérusalem, Rotterdam, Zurich, au Canada et, pour la France : Paris, musée national d’Art moderne et musée d’Art moderne de la Ville de Paris, Brou, Caen, Dunkerque, Évreux, Grenoble, Marseille, Metz, Montpellier, Nantes, Rouen, Saint-Étienne, Saint-Paul-de-Vence, Fondation Maeght, Toulouse, Valence, Villeneuve-d’Ascq.
Le 30 mai 2014 a été inauguré à Rodez le Musée Soulages.

  • Hubert Juin, Soulages. Le Musée de Poche. Éditions G. Fall 1958.

  • Michel Ragon, Pierre Soulages (peintures sur papier). Éditions F. Hazan 1962.

  • James Johnson Sweeney, Soulages. Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel 1972.

  • Michel Ragon, Les Ateliers de Soulages. Albin Michel 1990.

  • Pierre Daix-James Johnson Sweeney, Soulages, l’œuvre. Éditions Ides et Calendes 1991.

  • Pierre Encrevé, Soulages, l’œuvre complet, Peintures, Vol. I. 1946 – 1959, Seuil, Paris novembre 1994.

  • Pierre Encrevé, Soulages, l’œuvre complet, Peintures, Vol. II. 1959 – 1978, Seuil, Paris novembre 1995.

  • Pierre Encrevé, Soulages, l’œuvre complet, Peintures, Vol. III. 1979 – 1997, Seuil, Paris octobre 1998.

  • Pierre Encrevé, Soulages, l’œuvre complet, Peintures, Vol. IV. 1997 – 2013, Seuil, Paris octobre 2015.



 

Extrait de « L’Ecole de Paris, 1945-1965 Dictionnaire des peintres »,
éditions Ides et Calendes, avec l’aimable autorisation de Lydia Harambourg
www.idesetcalendes.com