Chu Teh-Chun

1920 - 2014

À son arrivée à Paris en 1955, Chu Teh-Chun est déjà un professionnel dont la connaissance approfondie du métier de peintre alliée à une maîtrise technique étonnante en font un représentant tout à fait à part dans l’art moderne occidental. Issu d’un milieu cultivé (son père est médecin et collectionneur), il se consacre très jeune à l’étude de la peinture, vocation impérative servie par des dons et un acharnement au travail qui le révèlent bientôt parmi les meilleurs exécutants de son pays. Diplômé de l’École nationale supérieur des beaux-arts de Hangzhou (1941), ses possibilités à reproduire les maîtres de l’art traditionnel tout en assimilant les styles contemporains le font nommer professeur à l’Université centrale nationale de Nanjing de 1944 à 1949, puis à l’Université normale nationale de Taïwan de 1951 à 1955. Déjà il se tourne vers la peinture occidentale plus apte selon lui à exprimer la sensibilité d’aujourd’hui, subit l’influence de l’impressionnisme puis du fauvisme dont les caractéristiques imprègnent les œuvres qu’il expose en 1954 à Taipei, Taïwan.

À Paris, il se précipite au Louvre afin d’étudier sur le vif les œuvres familières connues par le biais de reproductions assez médiocres. Il s’installe dans un hôtel rue Lhomond et étudie le français à l’Alliance française tout en suivant les cours de la Grande Chaumière. Le soir, il peint dans sa chambre. Plusieurs rencontres décisives l’introduisent alors dans le milieu artistique de la capitale : Albert Féraud, prix de Rome de sculpture de retour d’Italie, et surtout le père Régamey qui le met en contact avec le père Vallée, dominicain au couvent Saint-Jacques qui vient de fonder en 1954 la galerie du Haut-Pavé, 3, quai de Montebello, où débutèrent Bellegarde, Laubiès, Longobardi…

Sacha Klerx, le directeur artistique, s’enthousiasme pour les tableaux de Chu Teh-Chun et organise sa première exposition parisienne en 1958. Entre-temps, l’artiste avait pu assimiler la diversité des courants picturaux.

En 1956 et 1957, il expose des portraits au Salon des artistes français qui reçoivent un prix. En 1956 avait eu lieu la première rétrospective de Nicolas de Staël au Musée national d’art moderne, et Chu confie : « Elle fut pour moi une véritable révélation de la liberté d’expression. Dès lors je me libérais de mes vingt années de travail figuratif pour suivre ma voie dans la peinture non figurative. Ainsi, lentement je me suis retourné vers la pensée inspirant la peinture traditionnelle chinoise. J’ai découvert la poésie qui l’habite et cette manière d’observer la nature qui est proche de la peinture néo-impressionniste occidentale et plus encore de l’art abstrait. Travaillant inconsciemment à la synthèse des deux cultures, je retenais l’émotion comme choc moteur et la prolongeais en expression picturale pour en épuiser la profondeur » (entretien avec Gérard Xuriguera, in Les Années 50, Arted, 1984).

Ce sont ces toiles qui seront exposées galerie du Haut-Pavé et en accrochage galerie de Beaune (1958). À la même époque, il rencontre Michel Ragon, alors directeur artistique de la galerie Le Gendre. Remplacé quelques mois plus tard par Maurice Panier, celui-ci passe un contrat avec Chu Teh-Chun qui durera jusqu’en 1963. Il s’y liera d’amitié avec les peintres de la galerie : Arnal, Bott, Corneille, Revel, Sugaï.

Trois expositions seront présentées : en 1960, 1962 et, en 1963, accompagnée d’une préface de Gérald Gassiot-Talabot qui écrit : « Sa peinture est une coulée naturelle, vibrante et chaleureuse, qui se moque des définitions. […] Elle est une offrande lyrique tantôt murmurée dans le secret d’une vie méditative et grave et tantôt éclatante et sonore comme un hymne, quand le peintre retrouve la respiration des grandes mises en page Tang. » Ainsi assistons-nous à une évolution qui, tout en le conduisant à l’abstrait, le fait renouer avec ses sources originelles pour lui permettre de s’exprimer en toute liberté. Ses toiles nous invitent à un voyage intérieur et se veulent évocatrices de la relation primordiale qu’entretient l’homme avec l’univers. Elles sont le symbole visuel de l’écoute permanente du peintre avec la nature. Au début, les formes sont de larges taches sombres comme suspendues dans l’espace, ouvrant sur un vide qui nous happe en apparence, car elles s’articulent sur des fonds très travaillés dans une gamme nuancée de gris, d’ocre et de terre ponctués de rouge. Son graphisme est l’autre élément essentiel de sa peinture. Issu de la calligraphie orientale ancestrale, il s’en libère pour laisser poindre un lyrisme qui va bientôt envahir la toile. Aucun symbolisme, aucun idéogramme n’est à rechercher dans ce qui devient des paysages oniriques, aptes à solliciter l’imagination. Dans cet espace poétique recréé, chacun peut y lire ce qu’il souhaite. Une cohésion plastique domine ses œuvres, offrant un champ de profondeur, propre au mirage et à l’illusion, faisant de Chu un des peintres les plus sensibles de ce courant abstrait lyrique.

1965 et 1967, expositions galerie de l’Université. Depuis les expositions particulières se sont multipliées à Paris, en province et à l’étranger.

Parmi les expositions collectives concernant la période traitée dans ce livre, citons : 1956, « La Peinture d’aujourd’hui », Palais-Royal, Paris. 1958, « Peintres de l’école de Paris », Charlottenburg Museum, Copenhague. 1959, « Peinture d’aujourd’hui », Senlis, préface de Michel Ragon. 1960, « École de Paris », galerie Charpentier, Paris, « Expression d’aujourd’hui », Lunéville. 1962, « Donner à voir », galerie Creuze, Paris, « L’Œil de bœuf », galerie 7, Paris, « La Boîte et son contenu », galerie Le Gendre. 1964, « 50 jeunes peintres de la nouvelle école de Paris », galerie Merlin, Athènes. Il participe au Salon des réalités nouvelles en 1958, 1959, 1965 et 1967, au Salon de mai en 1958, 1961 et régulièrement depuis 1971, au Salon Comparaisons en 1956.

Depuis 1974, il est régulièrement invité à Grands et Jeunes d’aujourd’hui. 1989,  »Œuvres récentes », galerie Arlette Gimaray, Paris. Catalogue.

Rétrospectives 1982, musée des Beaux-Arts du Havre. « Peintures-dessins 1955-1982 ». Catalogue. 1987, Musée national historique de Taipei, Taïwan, ROC. Livre catalogue.

1992,  »Œuvres des années 1960 », galerie Arlette Gimaray, Paris. Catalogue.

Musées : Paris, Art moderne de la Ville, Fonds national d’art contemporain, Dunkerque, Châteauroux, Nice, Le Havre, Marseille, Fondation Septentrion, mairie de Sochaux, et à l’étranger Taipei, Mexico, Saint Louis, Liège.

  • Hubert Juin, Chu Teh-Chun, Éditions Le Musée de Poche, 1979.

  • Pierre Cabanne, « Chu Teh-Chun », visite d’atelier. Cimaise, n° 204, 1990.


 


Extrait de « L’Ecole de Paris, 1945-1965 Dictionnaire des peintres »,
éditions Ides et Calendes, avec l’aimable autorisation de Lydia Harambourg
www.idesetcalendes.com