Otto Freundlich

1878 - 1943

Otto Freundlich est considéré comme l’un des précurseurs de l’abstraction. « Il a été le tout premier peintre et sculpteur abstrait allemand qui réalisait, déjà avant 1912, année où je l’ai rencontré, ce qui n’était pas figuratif avec des proportions démesurées ou au contraire en feuillets minutieusement calligraphiés » (Hans Richter).

Artiste engagé, politiquement et artistiquement, il n’aura de cesse d’exprimer une certaine « conscience du monde » à travers sa vie et ses œuvres, qui auront vocation à « devenir le lieu où s’énonce toute chose qui participe de l’essence du monde : celui du Verbe » (Guy Tosatto).

Il étudie l’histoire de l’art, la philosophie et la littérature à Berlin, puis à Florence en Italie, et exécute en 1907 ses premières œuvres, dans le style du Jugendstil. En 1908, il séjourne une première fois à Paris, et loue un atelier au Bateau-Lavoir. Il se lie alors avec la bohème de Montmartre : Picasso, Apollinaire, Braque, Juan Gris, Max Jacob et André Salmon. Pendant dix ans il vit entre Paris, Munich et Berlin.

C’est en 1911 qu’Otto Freundlich réalise ses premières œuvres abstraites, à partir desquelles il va peu à peu élaborer un langage pictural très singulier, constitué d’éléments plans colorés, délimités par des droites et des courbes et couvrant l’intégralité de la surface du tableau.

Passionné par différentes techniques, mosaïque, tapisserie, vitrail, il y puise son inspiration et y expérimente ses recherches. Ainsi de mars à juillet 1914, il séjourne dans l’atelier de restauration de vitraux de la cathédrale de Chartres et écrit à son ami Karl Schmidt-Rottluff : « J’ai été pendant cinq mois prisonnier du monde à Chartres et j’en suis ressorti marqué à toujours. »

La dimension architecturale de l’œuvre de Cézanne et la puissance chromatique de Van Gogh l’impressionnent également fortement. Il étudie tensions et rapports de force générés par les éléments géométriques et les variations chromatiques et parvient peu à peu à composer, au fil de son œuvre, une syntaxe puissante qui lie et dynamise les regroupements d’unités colorées.

Très actif sur la scène artistique, il participe à de nombreuses expositions : « Die neues Secession in Berlin » en 1910 et 1911, « Erster Deutscher Herbstsalon » (premier Salon d’Aautomne allemand) à la galerie Der Sturm à Berlin. Il collabore à différentes revues, notamment Die Aktion qui lui consacrera un cahier spécial en 1918. Après la révolution de 1918 en Allemagne, il s’engage politiquement comme membre du Novembergruppe et organise en 1919 avec Max Ernst et J. T. Baargeld la première exposition Dada à Cologne. Il est membre en 1930 du groupe « Cercle et Carré » puis du groupe « Abstraction-Création » en 1931.

En théoricien de l’art, Otto Freundlich rédige en 1934 Die Wege der Abstrakten (Les Chemins de l’art abstrait). Il fonde à Paris en 1936 une académie privée baptisée « Le Mur » et y enseigne peinture, dessin et gravure.

En 1937, sa sculpture L’Homme nouveau de 1912 figure en couverture du catalogue de l’exposition itinérante organisée par les nazis « Entartete Kunst » (Art dégénéré), dénonçant l’art moderne. De nombreux artistes juifs font partie de l’exposition. Quatorze de ses œuvres, conservées dans différents musées allemands, sont alors confisquées et détruites.

Lorsque éclate la guerre, Otto Freundlich, de nationalité allemande, est interné par les autorités françaises. Libéré en mai 1940, grâce notamment à l’intervention de Pablo Picasso, il se réfugie à Saint-Paul-de-Fenouillet dans les Pyrénées-Orientales. Dénoncé et arrêté le 23 février 1943, il est déporté vers le camp de concentration de Lublin-Majdanek en Pologne. Il meurt assassiné le jour même de son arrivée, à l’âge de 65 ans.

« L’artiste est un récepteur des transformations du monde, il les pressent dans ses actes et dans ses pensées, comme des forces dirigeantes, longtemps avant qu’elles ne se réalisent dans le monde extérieur. Il a ainsi la faculté de se détacher peu à peu, mais définitivement, des formes et des vérités généralement admises. Il exécute le vouloir d’une réalité nouvelle. »

Otto Freundlich

  • Joachim Heusinger von Waldegg, Catalogue raisonné des travaux de l’artiste, Rheinisches Landesmuseum Bonn, Rheinland-Verlag, Cologne 1978.



Rédigé par Camille Francart